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De la Thérapie à la Médecine
De nombreux clients nous considèrent comme des thérapeutes , et semblent très troublés lorsque nous leur disons qu’il n’en est rien . Il m’a donc semblé utile de clarifier les choses et de définir clairement ce qu’est un thérapeute et ce qu’il n’est pas
Un peu d’histoire :
Le mot grec therapeia = soin est extrêmement ancien.
Platon l’utilise déjà au IV siècle avant Jésus Christ. Il s’agit au départ de soin religieux, de soin (culte) des dieux et le sens du mot est ensuite étendu à tout ce qu’on soigne (des parents aux plantes en passant par les animaux). Xénophon l’utilise dans le sens soin du corps, parure de femme .Le thérapeute est donc celui qui donne des soins mais aussi le serviteur dans la mesure où le serviteur , d’abord le serviteur de Dieu puis par extension celui qui sert (prend soin) ( dictionnaire grec Bailly)
Therapeia est également utilisé pour désigner la préparation des remèdes par Diodore de Sicile ou les traitements médicaux par Hippocrate. Ces deux derniers auteurs étant médecins il est normal qu’ils aient utilisé le mot dans ce sens particulier.
Ce n’est que plus tard qu’on a lié le mot Thérapeute aux Esséniens.Philon ( 30 av.J.C.- 40 après J.C.) Juif et philosophe platonicien a écrit un texte admirable qui fait connaître les Esséniens thérapeutes ainsi que leur doctrine que l'on peut résumer ainsi:
Prendre soin du corps par une vie simple et en contact avec la Nature
Prendre soin de Dieu et de son imaginal...
Prendre soin de Son désir...
Prendre soin de l'Autre ...
Les thérapeutes esséniens pratiquaient effectivement la thérapie dans tous les sens du terme : service de Dieu, service de la terre (culture) service de l’autre et nombreux étaient ceux qui allaient se ressourcer ou se soigner auprès d’eux.
Du soin de l’âme au soin du corps
Dans l’Egypte ancienne médecine et religion étaient intimement liés. Nous savons par Clément d'Alexandrie, que les livres hermétiques composaient une sorte d'encyclopédie officielle et religieuse en 42 livres, dont les six derniers comprenaient la science médicale et étaient enseignés dans les écoles.
Les médecins, en grande partie, tout au moins, appartenaient à la classe des prêtres, comme les astronomes, les hommes de loi, etc. Les élèves étaient admis dans les écoles, annexées aux temples, Les livres de la collection hermétique étaient la base de l'instruction théorique. On amenait dans les temples les malades pour y recevoir des soins…
Pour les Mésopotamiens, les maladies étaient causées chacune par une «divinité » ou un «esprit » correspondant à une partie spécifique du corps. Par exemple, le mal de tête était provoqué par « la main du Dieu-Tête ». Certains Dieux pouvaient agir à un niveau extrêmement important et provoquer les épidémies.
Pour soigner les malades, deux types de «médecins » :
L’Ashipu, désigné aussi sous le nom de « Sorcier », diagnostiquait le mal, c'est-à-dire déterminait quel Dieu ou Démon provoquait la maladie chez le patient.
L’Asu qui était le spécialiste des traitements à base de plantes et que l’on pourrait, lui, qualifier de « médecin »
Les Mésopotamiens pouvaient aussi aller prier dans le temple de Gula, Dieu canin dont les pouvoirs curatifs avaient la réputation d’être particulièrement efficaces…
Les Grecs sont à l’origine de la médecine moderne grâce en grande partie aux travaux d’Hippocrate. Mais ils ne dissocient pas pour autant la médecine des autres formes du savoir
Pour eux la religion (qui concerne l’âme) la médecine (qui s’occupe du corps dans tous les domaines : remèdes, gymnastique, régime alimentaire) et la philosophie (qui s’occupe du savoir et de l’esprit) sont indissociables. La différence se situe au niveau de la nature de la théorie et de la pratique. Chacune de ces trois approches est une facette de la connaissance et les différentes théories permettent seulement d’en voir différents aspects.
Il y a donc un dialogue permanent entre ces trois façons de considérer l’homme : la philosophie envisage le corps à travers l’enseignement médical et détermine les relations qu’a l’esprit avec l’objet corps et l’âme. La religion verra la relation de l’âme avec le corps et l’esprit .
Le corps se comprend donc d’abord dans son rapport à l’esprit ou à l’âme, ou plus exactement aux âmes :
- l’âme pensante et immortelle située dans la tête qui est l’esprit (le nous)
- l'âme mortelle et végétative dans l’estomac (ou près du foie),
- une âme intermédiaire, colérique, dans le cœur.
La vérité de l’homme, sa santé psychologique et physique, consiste à tout soumettre à l’hégémonie de l’âme pensante, qui doit seule régner sur les désirs et les sensations. La sagesse est la santé, et vice versa. Hippocrate avec sa théorie des 4 éléments – que l’on peut rapprocher de l’approche holistique chinoise – a encore cette conception de l’être
Le thérapeute est donc à la fois "guérisseur" et "religieux" ... de "religare" : relier….
C’est Claude Galien (131-201), un médecin grec né à Pergame qui va donner une orientation différente à la médecine et les concepts qu’il développe sont à l’origine de l’orientation prise par la médecine occidentale. Il considère l’anatomie comme la base fondamentale de la médecine.
Alors que pour les Grecs et Babyloniens le mal physique apparaissait comme la conséquence du mal moral, Galien estime que "les lésions des fonctions viennent des parties malades qui les produisent; les maladies des parties organiques lèsent les fonctions."
A partir de là son diagnostic repose sur l'étude des symptômes. Il ne s’agit plus tant de comprendre l’organe à partir de ses causes cachées, que de comprendre l’anatomie à partir de la fonction que remplit l’organe, donc à partir de sa fin. Galien poussa si loin l'explication hippocratique par les causes naturelles qu'il en vint à considérer le mal moral comme une conséquence du mal physique. Par là, il ressemble plus aux médecins contemporains qu'aux médecins antérieurs à lui.
La médecine offre désormais une conception rationnelle du corps qui cherche à expliquer le fonctionnement global du corps humain à partir des mouvements et substances qui le caractérisent et indépendamment des aspects philosophiques ou religieux.
La séparation entre religion, philosophie et médecine ne va pas cesser de s’accentuer au point qu’aujourd’hui nous avons du mal à retrouver ce rapport….
Qui sont les thérapeutes maintenant…
Pour savoir ce que signifie le mot aujourd’hui j’ai rassemblé certaines des définitions disponibles
La plus ancienne référence que je possède provient de l’encyclopédie Dupiney de Vorepierre et date de 1867. Il y a deux rubriques «thérapeute » la première renvoie à l’histoire religieuse (pour les esséniens) , la seconde à la médecine !
«Pour le Dictionnaire de L'Académie française, 1832 et 1932
THÉRAPEUTES. s. m. pl. Moines du judaïsme, qui se livraient à la vie contemplative et mortifiée. Les thérapeutes ont été les modèles de la vie monastique. Les thérapeutes étaient une branche des esséniens.
Et aussi :« En termes de Médecine, il se dit d'un Médecin qui s'adonne particulièrement à la thérapeutique. »(ajout 1932)
Le Petit Larousse de 1982 semble moins formel :
« Thérapeute : Nom générique désignant les personnes qui ont pour fonction de soigner les autres quelles que soient les techniques utilisées »… mais la définition est précédée de l’abréviation «med » ce qui montre que les personnes en question doivent appartenir au monde médical
Pour le Petit Robert : THERAPEUTIQUE :Partie de la médecine qui étudie et met en application les moyens propres à guérir et à soulager les malades (là aussi tous les types de thérapies sont cités y compris les sorciers !)
Ensemble des moyens de traitement mis en œuvre dans un cas particulier; ensemble de procédés de traitement
Qui concerne l'ensemble des actions et pratiques destinées à guérir*, à traiter les maladies;
Qui soigne, tend à guérir d'un mal, d'un trouble (psychique, moral).
Et la grande encyclopédie Larousse de 1985 supprime purement et simplement la référence aux esséniens pour ne garder que la notion médicale
On constate donc que peu à peu le mot «thérapie ou thérapeute » s’est spécialisé pour désigner finalement exclusivement les pratiques médicales c'est-à-dire les remèdes qu’apportent les médecins de tous types aux déséquilibres des organes du corps et de l’âme.
Lorsque la médecine occidentale utilise encore le terme « thérapie » c’est généralement pour désigner les thérapies de l’esprit … mais on ne sort tout de même pas de la médecine.
Notre travail de kinésiologue consiste à accompagner la personne de façon qu’elle puisse se retrouver elle-même et trouver une solution à ses difficultés. Les outils dont nous disposons lui permettent de clarifier sa pensée, de se centrer mieux, de se libérer d’un stress souvent destructeur… mais cela ne fait pas de nous des thérapeutes dans le sens actuel du terme.
Sans doute faudra-t-il trouver un mot original pour décrire ce métier qui n’est ni de l’enseignement, ni de la thérapie, ni de la relation d’aide (également au sens moderne du terme) et qui pourtant permet à des centaines de gens de se sentir mieux dans leur vie
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